Peinture d'évangile

Catherine Axelrad

Dino Quartana

“ Des réalités de la condition humaine qui posent une question fondamentale ”

Pourquoi tous ces journaux, coupures de presse et photos entassés dans ton atelier ?
Quand je travaille sur un thème je recherche toujours un archétype : le guerrier, le jeu des enfants, la famille… Les photographies me permettent de concevoir une œuvre en passant d’une image contemporaine à une image qui soit comme un archétype de la situation que je veux évoquer. C’est pourquoi je m’inspire aussi des petits bronzes nuragiques de Sardaigne, sculptures archaïques (deuxième millénaire avant Jésus Christ) qui exprimaient déjà ces archétypes.
Manfredi Quartana
© Couvent St Jacques, Paris

Cette recherche est-elle pour toi de nature spirituelle ?
Pas directement : l’art ne répond pas à la question de l’homme, mais il pose la question de l’homme, par la manière dont il manifeste la condition humaine dans son authenticité. Plus ce qui apparaît du rapport de l’homme au monde – à la réalité - dans une œuvre d’art est authentique, plus cet art est spirituel. Je montre ce que je ressens de la condition humaine, des réalités qui me posent une question fondamentale, surtout lorsqu’elles sont considérées en rapport les unes aux autres. Par exemple, le jeu des enfants opposé aux massacres : je ne peux pas ne pas me poser la question de l’homme qui vit cette contradiction.
Dans le Christianisme, par l’Incarnation, le rapport avec le spirituel traverse la réalité. Mon travail de sculpteur évoque de manière personnelle mon rapport avec le mystère de la Vie, et les questions que me pose ce travail trouvent un écho dans les psaumes.

Comme dans les psaumes, c’est souvent un mystère violent, par exemple dans le cas de tes nombreuses sculptures représentant des anges, comme l’Ange en prière qui se trouve dans le hall du Couvent St Jacques ; peut-être aussi à cause du matériau ?
Je suis tombé sur le fer dans l’atelier où je travaillais aux Beaux-Arts ; auparavant, en étudiant l’architecture à Milan, j’avais découvert le travail de l’Art sacré – ma rencontre avec le Père Maurice Cocagnac, lui-même peintre et directeur de la revue L’Art sacré, avait d’ailleurs été un élément fondamental dans ma décision d’entrer dans l’Ordre Dominicain en France. La sculpture du fer favorise une expression à la fois graphique et architecturale car elle prend en compte un élément spatial.

© Manfredi Quartana

Je travaille par assemblage, en soudant des barres de fer je crée des lignes, un espace ouvert qui peut aspirer notre expérience profonde pour qu’une forme puisse prendre naissance. La foi devrait apporter cet appel d’air, dans la sculpture il se manifeste par la tension entre densité et légèreté. C’est pourquoi je suis sculpteur : dans ma situation de prêtre dominicain, c’est aussi une manière de parler de la part obscure de ma vie – angoisse, inquiétude, chant… C’est une part de moi-même que je ne veux pas censurer, que j’ai besoin d’exprimer.

Manfredi QuartanaPenses-tu qu’en travaillant avec de jeunes artistes tu peux les aider à découvrir ou approfondir leurs propres aspirations à une vie spirituelle ?

Comme la sculpture, mon travail d’enseignement a toujours été accueilli positivement dans l’ordre : cela fait partie de notre vocation de chercher le rapport entre la foi et les différentes expériences humaines. Dans mon enseignement, je suis connu comme Dominicain seulement par quelques élèves amis ; mais j’essaie d’accueillir les personnes telles qu’elles sont, de leur apprendre à regarder le modèle comme un mystère, d’abolir toute rivalité entre elles, d’avoir confiance en elles-mêmes, et j’essaie de les aider à exprimer ce qu’elles ont de plus profond et de plus personnel.

20 juin 2010


Autres artistes invités :
- Samuel Ackerman
- Patricia Borgia
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- Marthe Souris
- Sylvie Tschiember
- Yusuké Yamamoto